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Le Premier Nkãa

3 avril 2026
Note historique sur l’appellation « Nkaa Yulu » dans la tradition ecclésiale du diocèse d’Inongo

Biographie
Le Révérend Père Jules Van Houtte, CICM, était un missionnaire de la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie (CICM), aussi connue sous le nom de Missionnaires de Scheut.
Cette congrégation, fondée en Belgique en 1862, a joué un rôle majeur dans l’évangélisation et le développement social en Afrique, notamment au Congo.
Père Jules Van Houtte s’est distingué par son engagement pastoral et éducatif, contribuant à la formation spirituelle et intellectuelle des communautés locales.
Les missionnaires CICM, dont il faisait partie, ne se limitaient pas à la prédication : ils ont fondé des écoles, des séminaires, et participé à la structuration de la vie sociale et culturelle dans les régions où ils œuvraient.

Origine missionnaire de l’appellation
Dans l’histoire missionnaire du territoire d’Inongo, l’appellation « Nkaa Yulu » est associée, à l’origine, à la figure du Révérend Père Jules Van Houtte, CICM.
Celui‑ci porta officiellement ce surnom à l’occasion de la fondation, en 1911, de la mission catholique d’Ibeke Sainte‑Thérèse d’Avila, établie sur la rivière Lutoyi.
Cette fondation s’inscrivait dans l’élan missionnaire des Pères de la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie (CICM) dans la région, après celles d’Inongo Saint‑Albert (1907), due au R.P. Émile Geens, CICM, et de Bokoro Sainte‑Croix (1910), fondée par le R.P. Jules Denis, CICM.
Si le surnom « Nkaa Yulu » est historiquement lié à la personne du R.P. Van Houtte, son usage ne semble pas avoir été immédiatement institutionnalisé au‑delà de ce contexte fondateur, avant de connaître une résurgence plus tardive dans le milieu de la formation sacerdotale.

Résurgence dans le cadre de la formation sacerdotale
L’appellation « Nkaa Yulu » réapparaît dans la mémoire ecclésiale locale au début des années 1980, à l’occasion d’un moment charnière pour la formation des futurs prêtres du diocèse d’Inongo.
En effet, les grands séminaristes jusque‑là formés au philosophat de Mayidi furent transférés vers le nouveau Grand Séminaire Saint‑Augustin de Kalonda.
La première promotion accueillie à Kalonda au cours de l’année académique 1982‑1983 comprenait, d’une part, des séminaristes venus de Mayidi pour la deuxième année de philosophie — Mpia Bekina Jacques, Ntesa Kadima Jean‑Marie et Monsengo Joseph — et, d’autre part, des séminaristes venus de Bokoro pour la première année — Wandey Ngizwa Frédéric, Mputu Ngombe André, Isapo Nzenkoy Jean‑Pierre, Nekotjeke Lopembe François, Molasoko Nsanga Benjamin (alias "Atsan y’Ikpa"), Mabwana Mombolo Égide (alias "Lejinga") et Mputu Mokuba Évariste.
C’est dans ce contexte de recomposition institutionnelle et communautaire que le terme « Nkaa Yulu » aurait été réinvesti et progressivement chargé d’une signification nouvelle.

Évolution sémantique et usage communautaire
Selon les témoignages oraux et la mémoire des acteurs de l’époque, l’impulsion décisive dans la diffusion contemporaine du terme serait venue d’Égide Mabwana, alors en préparation au Grand Séminaire au Petit Séminaire de Bokoro durant l’année 1981‑1982.
À partir de ce milieu, le mot « Nkaa Yulu » aurait circulé parmi les séminaristes et pris une valeur relationnelle et spirituelle, dépassant son origine onomastique initiale.
Par extension sémantique, et parfois de manière volontairement appuyée, le terme en vint à désigner l’« ami », le « compagnon de route », voire le « frère en Christ », dans un esprit de fraternité sacerdotale et de solidarité communautaire.
Cette évolution illustre un phénomène fréquent dans les cultures ecclésiales locales : la réappropriation d’un héritage missionnaire ancien par une génération nouvelle, qui en reformule le sens à la lumière de son expérience propre.
L’histoire de l’appellation « Nkaa Yulu », depuis son attestation missionnaire au début du XXᵉ siècle jusqu’à sa relecture communautaire au sein des séminaires du diocèse d’Inongo, témoigne de la continuité vivante entre mémoire missionnaire et traditions formatrices locales. Elle rappelle que les mots, dans l’Église, ne sont pas seulement des vestiges du passé, mais aussi des lieux de transmission, de fraternité et d’identité ecclésiale.

(Texte adapté de l'histoire racontée par M. Norbert Mbu Mputu)